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Bénin/Chronique d’une Présidentielle atypique: Tout ça pour ça ?

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  • Terminus, tout le monde descend ! Du moins, pour ce qui est du pari de la tenue de l’élection présidentielle le dimanche 11 avril 2021, les adeptes du passage en force malgré les sirènes pourront se frotter les mains. Et en face, les partisans du «  ça ne passera pas » seraient en train de tirer les conclusions qui s’imposent. 

Mais l’histoire retiendra que sous le pouvoir de la Rupture de Patrice Talon, le Bénin, jadis référence démocratique et havre de paix sur le continent,  a fait de grands bonds en arrière, vers Mathusalem, pour se hisser désormais au rang des pays organisateurs d’élections des plus stressantes, spectaculaires et honteuses. Au terme du quinquennat, à quelques exceptions près, 2021 n’aura pas été différente de 2019 et 2020. Tout diagnostic fait, tout part des lois d’exclusion, non consensuelles, échafaudées par un Parlement rejeté par le peuple dans sa majorité. En mode prévention, des lucides voyant le danger venir alertent. De l’autre côté, les rusés qui croient dur comme fer mieux connaître le Bénin et le Béninois, et qui fonce ainsi têtes, au nom de « réformes douloureuses » qui nécessiteraient qu’on puisse même « compromettre la paix ». Pour le scrutin d’hier, combien de voix aussi bien de l’opposition que de la société civile n’a-t-on pas entendu sur les risques encourus sur le parrainage, la prorogation de 47 jours du mandat constitutionnel de Patrice Talon ? D’aucuns sont allés jusqu’à proposer la suspension de ce parrainage et l’organisation d’assises pour s’entendre sur un minimum. On a tôt fait de jeter tout cela à la poubelle. A l’arrivée, la copie est humiliante voire déshonorante. En effet, on peut constater que c’est encore trois types de Béninois, jouissant du même droit d’électeur et l’ayant exercé différemment, qui étaient emballés dans le processus électoral. D’un côté, ceux qui sont allés voter normalement. De l’autre, ceux qui étaient au front (civils comme militaires), les mains « occupées » par les armes. Sans oublier ceux qui, faute de déroulement des opérations dans leur localité, et en dépit de l’accalmie, ont été privés de ce droit civique. Conséquence, la mission d’observation de la Plateforme électorale des Osc, sous réserve de la compilation des données à elle ramenées du terrain par ses plus de 1000 observateurs déployés, parle déjà de « participation faible » par rapport aux précédents scrutins ; même si par ailleurs le président de la Céna se refuse pour l’instant de se prononcer sur cette participation que des fanfarons du pouvoir, dans une préparation psychologique de l’opinion, projettent étonnamment à 50 voire 60%. Et pourtant, en dehors du fait que le vote n’a pas du tout eu lieu dans 16 arrondissement pays, de Washington à Paris en passant par Kèrè, Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Matéri, Tori, Parakou, Savè, Tchaourou…, tout le monde a vu la razzia du boycott sur les suffrages exprimés. Pour sauver la face, des crieurs publics ont été mis à contribution partout, à des carrefours, dans des ruelles, comme jamais vécu auparavant. Mais le  hurlement et la pitié de ces derniers n’ont pu inverser la donne. Les Béninois non contents de la gouvernance au sommet de l’Etat depuis 5 ans, l’ont manifesté à leur manière. Déboussolés, des soutiens du pouvoir ont dû recourir à des pratiques indignes, anti démocratiques pour arrondir les angles. La Plateforme électorale des Organisations de la société civile en a exposé quelques-unes dans sa déclaration en fin de journée. Tenez ! Au centre de vote de l’Ecole primaire publique Namoutchaga, Arrondissement de Kountory, Commune de Cobly dans l’Atacora, comme ailleurs, il y a eu bourrages d’urnes. Des cas de votes multiples ont été aussi déplorés sur fond d’intimidation d’électeurs et d’agents électoraux. Pour s’en convaincre, des témoignages audios et des vidéos ont fait le tour des réseaux sociaux. Quant à la Commission électorale nationale autonome (Céna), fidèle à son jargon électoral, affirme en tout cas que tout s’est bien passé et qu’il n’y a pas d’incident majeur.

La fête de la démocratie annoncée a été amère

Osons le dire, la fête de la démocratie que Patrice Talon voulait que cette présidentielle soit, n’aura été qu’un fiasco. A tout le moins, cette fête si elle en était une, aura laissé un goût amer pour le peuple béninois. Comme l’a fait savoir le ministre des Affaires étrangères, Aurélien Agbenonci, c’est heureux de constater que le Bénin n’a plus besoin «d’un demi-dollar de qui ce soit» pour organiser ses processus électoraux. Cependant, cette image envoyée à l’international, au terme du scrutin présidentiel d’un Bénin désormais souverain et autonome, est bien pâle. Que le président Talon, après son vote, se soit réjoui que le Bénin ait confirmé une fois encore son expertise en termes d’organisation d’une élection présidentielle, malgré les défaillances notoires, les frustrations exprimées et les morts d’hommes et dégâts enregistrés, qu’il met d’ailleurs sous le coup de réformes pour la construction du pays, c’est tant mieux.  Dans cette veine, d’autres « porte-paroles » emboucheront la trompette. On va juste dépoussiérer le disque et le remettre à nouveau en mode Play. Le faible taux de participation qui se profile, l’on pourrait le lier à une peur qu’aurait disséminée le camp d’en face dans l’opinion. D’office, on ne voudra pas reconnaître que la façon d’opérer les réformes est crisogène. Évidemment, les Béninois en étaient prévenus. Il suffit qu’ils se rappellent l’anecdote de la tisane. Même si elle est amère, il faudra la boire. 2019, après 2020 puis 2021, les frustrations s’accumulent, s’amoncellent. On va certainement encore feindre de voir la réalité en face. Et bientôt 2023, avec les mêmes maux antérieurement reportés. Peut-être plus dantesques !

Up, Br, Prd, Udbn, Moele Bénin, Fcbe…, pour ça ?

C’est pourtant à l’aune de réformes supposées réussies du système partisan qu’on a dit avoir  injecté trois milliards de Francs CFA dans trois partis politiques (Up, Br. et Fcbe) entre 2019 et 2020. Sans comptabiliser les éventuels appuis au profit de l’ensemble, pour la présidentielle. Quand on se rappelle que ce sont au moins cinq partis politiques à savoir : l’Union Progressiste, le Bloc Républicain, l’Union démocratique pour le développement d’un Bénin, le Mouvement des élites engagées pour l’émancipation du Bénin, le Parti du Renouveau démocratique qui soutiennent d’une part les actions de la Rupture et d’autre part la Force cauri pour un Bénin émergent, se réclamant de l’opposition, qui ont animé le plus, la campagne électorale  avec in fine ce taux de participation qui s’annonce des plus faibles, il y a forcément lieu d’être préoccupé. Le chef de l’Etat, candidat à sa propre succession, a pourtant fait deux fois successivement le tour du Bénin pour vanter le miracle opéré durant le quinquennat en matière de réalisations ? Est-il besoin de revenir sur les voyages répétés de membres du gouvernement pour le même exercice avec la diaspora. C’est le moment de se regarder dans la glace. Pour qui travaille-t-on ? Pour qui opère-t-on donc les réformes si trois fois de suite la déculottée a été sans appel lors des votes, le seul baromètre crédible, la seule jauge de sa gouvernance ? Au regard de cette «popularité» de Patrice Talon, ses « grands électeurs » et lui ne doivent pas s’en porter mieux.

Mais l’histoire retiendra que sous le pouvoir de la Rupture de Patrice Talon, le Bénin, jadis référence démocratique et havre de paix sur le continent,  a fait de grands bonds en arrière, vers Mathusalem, pour se hisser désormais au rang des pays organisateurs d’élections des plus stressantes, spectaculaires et honteuses. Au terme du quinquennat, à quelques exceptions près, 2021 n’aura pas été différente de 2019 et 2020. Tout diagnostic fait, tout part des lois d’exclusion, non consensuelles, échafaudées par un Parlement rejeté par le peuple dans sa majorité. En mode prévention, des lucides voyant le danger venir alertent. De l’autre côté, les rusés qui croient dur comme fer mieux connaître le Bénin et le Béninois, et qui fonce ainsi têtes, au nom de « réformes douloureuses » qui nécessiteraient qu’on puisse même « compromettre la paix ». Pour le scrutin d’hier, combien de voix aussi bien de l’opposition que de la société civile n’a-t-on pas entendu sur les risques encourus sur le parrainage, la prorogation de 47 jours du mandat constitutionnel de Patrice Talon ? D’aucuns sont allés jusqu’à proposer la suspension de ce parrainage et l’organisation d’assises pour s’entendre sur un minimum. On a tôt fait de jeter tout cela à la poubelle. A l’arrivée, la copie est humiliante voire déshonorante. En effet, on peut constater que c’est encore trois types de Béninois, jouissant du même droit d’électeur et l’ayant exercé différemment, qui étaient emballés dans le processus électoral. D’un côté, ceux qui sont allés voter normalement. De l’autre, ceux qui étaient au front (civils comme militaires), les mains « occupées » par les armes. Sans oublier ceux qui, faute de déroulement des opérations dans leur localité, et en dépit de l’accalmie, ont été privés de ce droit civique. Conséquence, la mission d’observation de la Plateforme électorale des Osc, sous réserve de la compilation des données à elle ramenées du terrain par ses plus de 1000 observateurs déployés, parle déjà de « participation faible » par rapport aux précédents scrutins ; même si par ailleurs le président de la Céna se refuse pour l’instant de se prononcer sur cette participation que des fanfarons du pouvoir, dans une préparation psychologique de l’opinion, projettent étonnamment à 50 voire 60%. Et pourtant, en dehors du fait que le vote n’a pas du tout eu lieu dans 16 arrondissement pays, de Washington à Paris en passant par Kèrè, Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Matéri, Tori, Parakou, Savè, Tchaourou…, tout le monde a vu la razzia du boycott sur les suffrages exprimés. Pour sauver la face, des crieurs publics ont été mis à contribution partout, à des carrefours, dans des ruelles, comme jamais vécu auparavant. Mais le  hurlement et la pitié de ces derniers n’ont pu inverser la donne. Les Béninois non contents de la gouvernance au sommet de l’Etat depuis 5 ans, l’ont manifesté à leur manière. Déboussolés, des soutiens du pouvoir ont dû recourir à des pratiques indignes, anti démocratiques pour arrondir les angles. La Plateforme électorale des Organisations de la société civile en a exposé quelques-unes dans sa déclaration en fin de journée. Tenez ! Au centre de vote de l’Ecole primaire publique Namoutchaga, Arrondissement de Kountory, Commune de Cobly dans l’Atacora, comme ailleurs, il y a eu bourrages d’urnes. Des cas de votes multiples ont été aussi déplorés sur fond d’intimidation d’électeurs et d’agents électoraux. Pour s’en convaincre, des témoignages audios et des vidéos ont fait le tour des réseaux sociaux. Quant à la Commission électorale nationale autonome (Céna), fidèle à son jargon électoral, affirme en tout cas que tout s’est bien passé et qu’il n’y a pas d’incident majeur.

La fête de la démocratie annoncée a été amère

Osons le dire, la fête de la démocratie que Patrice Talon voulait que cette présidentielle soit, n’aura été qu’un fiasco. A tout le moins, cette fête si elle en était une, aura laissé un goût amer pour le peuple béninois. Comme l’a fait savoir le ministre des Affaires étrangères, Aurélien Agbenonci, c’est heureux de constater que le Bénin n’a plus besoin «d’un demi-dollar de qui ce soit» pour organiser ses processus électoraux. Cependant, cette image envoyée à l’international, au terme du scrutin présidentiel d’un Bénin désormais souverain et autonome, est bien pâle. Que le président Talon, après son vote, se soit réjoui que le Bénin ait confirmé une fois encore son expertise en termes d’organisation d’une élection présidentielle, malgré les défaillances notoires, les frustrations exprimées et les morts d’hommes et dégâts enregistrés, qu’il met d’ailleurs sous le coup de réformes pour la construction du pays, c’est tant mieux.  Dans cette veine, d’autres « porte-paroles » emboucheront la trompette. On va juste dépoussiérer le disque et le remettre à nouveau en mode Play. Le faible taux de participation qui se profile, l’on pourrait le lier à une peur qu’aurait disséminée le camp d’en face dans l’opinion. D’office, on ne voudra pas reconnaître que la façon d’opérer les réformes est crisogène. Evidemment, les Béninois en étaient prévenus. Il suffit qu’ils se rappellent l’anecdote de la tisane. Même si elle est amère, il faudra la boire. 2019, après 2020 puis 2021, les frustrations s’accumulent, s’amoncellent. On va certainement encore feindre de voir la réalité en face. Et bientôt 2023, avec les mêmes maux antérieurement reportés. Peut-être plus dantesques !

Up, Br, Prd, Udbn, Moele Bénin, Fcbe…, pour ça ?

C’est pourtant à l’aune de réformes supposées réussies du système partisan qu’on a dit avoir  injecté trois milliards de Francs CFA dans trois partis politiques (Up, Br. et Fcbe) entre 2019 et 2020. Sans comptabiliser les éventuels appuis au profit de l’ensemble, pour la présidentielle. Quand on se rappelle que ce sont au moins cinq partis politiques à savoir : l’Union Progressiste, le Bloc Républicain, l’Union démocratique pour le développement d’un Bénin, le Mouvement des élites engagées pour l’émancipation du Bénin, le Parti du Renouveau démocratique qui soutiennent d’une part les actions de la Rupture et d’autre part la Force cauri pour un Bénin émergent, se réclamant de l’opposition, qui ont animé le plus, la campagne électorale  avec in fine ce taux de participation qui s’annonce des plus faibles, il y a forcément lieu d’être préoccupé. Le chef de l’État, candidat à sa propre succession, a pourtant fait deux fois successivement le tour du Bénin pour vanter le miracle opéré durant le quinquennat en matière de réalisations ? Est-il besoin de revenir sur les voyages répétés de membres du gouvernement pour le même exercice avec la diaspora. C’est le moment de se regarder dans la glace. Pour qui travaille-t-on ? Pour qui opère-t-on donc les réformes si trois fois de suite la déculottée a été sans appel lors des votes, le seul baromètre crédible, la seule jauge de sa gouvernance ? Au regard de cette «popularité» de Patrice Talon, ses « grands électeurs » et lui ne doivent pas s’en porter mieux.

Worou BORO Matin libre

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