Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a interdit vendredi d’importer les vaccins anti-Covid-19 américains et britannique, accusés de chercher à “contaminer” le pays. Malgré la gravité de la situation sanitaire locale, l’Iran préfère attendre et compter sur ses alliés russe et chinois, ainsi que sur un vaccin national développé avec des chercheurs cubains.
Les 150 000 doses de vaccin Pfizer-BioNTech prêtes à être livrées aux Iraniens resteront dans les cartons. Des scientifiques originaires d’Iran et vivant aux États-Unis avaient voulu expédier ces doses vers leur pays natal “mais l’envoi a été annulé” compte tenu de la décision du guide suprême, a indiqué le Croissant-Rouge iranien, cité vendredi 8 janvier par plusieurs médias locaux.
L’ayatollah Ali Khamenei a en effet interdit vendredi l’importation de tout vaccin anti-Covid-19 en provenance des États-Unis et du Royaume-Uni, estimant que ceux-ci pourraient servir à “contaminer” son pays. “On ne peut absolument pas leur faire confiance. Il n’est pas impossible qu’ils veuillent contaminer d’autres nations”, a précisé le guide suprême iranien dans un tweet en anglais, supprimé quelques heures à peine après sa publication par la plateforme dans le cadre de sa politique de lutte contre les “informations fausses ou trompeuses” sur les vaccins contre le Covid-19.
Sont donc bannis d’Iran les vaccins Pfizer/BioNTech, Moderna et AstraZeneca/Oxford qui ont été autorisés ou sont sur le point de l’être dans l’Union européenne et au Royaume-Uni. Et les vaccins français, toujours en développement, ne seront pas non plus les bienvenus. “Vu notre expérience avec le sang français contaminé au VIH, les vaccins français ne sont pas dignes de confiance non plus”, a ajouté Ali Khamenei dans son message, faisant référence au scandale sanitaire du sang contaminé ayant touché la France dans les années 1980-1990. Plusieurs centaines de personnes avaient été contaminées en Iran par le virus du sida dans la décennie 1980 avec des lots de transfusion sanguine français.
Emboîtant le pas au numéro un de la République islamique, le président iranien a accusé à son tour “des entreprises étrangères” de vouloir “tester” leurs vaccins sur la population iranienne. “Le ministère de la Santé les en a empêchées”, a déclaré Hassan Rohani lors d’une allocution télévisée samedi. “Notre peuple ne servira pas de cobayes aux entreprises de vaccins”, a-t-il dit. “Nous devons acheter des vaccins étrangers sûrs.”
Le variant britannique détecté en Iran.
Or en Iran, la situation presse. L’État est le plus touché du Proche et du Moyen-Orient, avec plus de 56 000 morts sur 1,2 million de personnes contaminées par le coronavirus selon les chiffres officiels, pour un pays qui compte près de 80 millions d’habitants. Les autorités elles-mêmes reconnaissent que ces statistiques sont largement sous-évaluées.
Une course contre la montre s’engage, d’autant que le variant britannique du Covid-19 a été détecté sur le sol iranien. “Malheureusement, nous avons trouvé le premier cas de Covid-19 britannique muté chez un cher compatriote qui était revenu d’Angleterre… et qui a été admis dans un de nos hôpitaux privés”, a déclaré mardi le ministre de la Santé, Saeed Namaki. Ce même jour, l’Iran avait enregistré son plus faible nombre de décès quotidiens en près de sept mois, avec 98 morts liées au Covid-19.
Depuis la fin décembre, le pays a étendu un couvre-feu nocturne à des centaines de villes à faible risque afin de maintenir une baisse du nombre de nouvelles infections et de décès. Le couvre-feu interdit notamment l’usage de la voiture, afin de réduire les contacts entre les personnes.
Contourner les sanctions américaines.
Sans vaccins américains et européens, l’Iran compte s’appuyer sur ses alliés russe et chinois. “Un million de doses de vaccin devraient être livrées au Croissant-Rouge [en provenance] peut-être de Russie, de Chine ou d’Inde”, a indiqué vendredi l’organisation médicale internationale.
Étayant la stratégie iranienne, le porte-parole du ministère de la Santé, Kianoush Jahanpour, a expliqué le 1er janvier que le premier lot de vaccin serait probablement acheté directement auprès d’un pays étranger. “Ensuite, l’Iran recevra sa part des vaccins Covax [une initiative parrainée par l’Organisation mondiale de la santé visant à garantir un accès rapide et équitable aux vaccins anti-Covid-19, NDLR], puis l’Institut Pasteur d’Iran coproduira un vaccin avec une société cubaine, et enfin, le vaccin sera produit localement”, avait-il détaillé.
Quelque 16,8 millions de doses de vaccin Covax ont déjà été prépayées par l’Iran, selon le gouverneur de la Banque centrale, Abdolnaser Hemmati. Toutefois, le virement vers la Suisse des sommes dues à l’OMS a nécessité un montage bancaire complexe afin de contourner les sanctions américaines, a-t-il précisé. Ces dernières semaines, Téhéran s’est plaint de ne pas pouvoir acheter ses vaccins contre le Covid-19 à l’étranger en raison de ces sanctions qui entraînent, selon les autorités iraniennes, un blocage des transactions au moment du paiement.
L’OMS a toutefois assuré à plusieurs reprises que la fourniture des vaccins Covax ne serait pas entravée, y compris par les sanctions américaines. “Nous soutenons et aidons l’Iran à se procurer des articles essentiels sur le marché mondial, et nous l’avons fait depuis le début de la pandémie, car nous prévoyions que la fourniture de médicaments serait affectée par les sanctions”, a ainsi déclaré Christoph Hamelmann, le représentant de l’OMS en Iran. Il a aussi précisé que les États membres de l’initiative Covax, dont l’Iran, décideront conjointement de la marque de vaccin que chaque pays devra acheter.
Chercheurs cubains et iraniens associés pour développer un vaccin
Pour le développement de son propre vaccin, la République islamique s’est associée à Cuba. Les autorités ont annoncé que la première phase d’essai clinique, qui avait été lancée début janvier, avait été couronnée de succès. D’après le ministère de la Santé, le vaccin national pourrait donc être prêt “à la fin du printemps 2021 au plus tard”.
En attendant, sur le marché noir iranien mais aussi chez des grossistes en médicaments, de faux vaccins circulent, ce qui ne manque pas d’inquiéter les autorités. Celles-ci ont appelé à la vigilance et ont averti que tout produit portant l’étiquette “vaccin contre le coronavirus”, qu’il soit vendu chez les grossistes ou sur le web, était “faux”, illégal et extrêmement dangereux, car pouvant entraîner de graves complications pour la santé, voire la mort. Le ministère de la Santé a exhorté la population à ne pas utiliser de médicaments ou de produits qui n’ont pas été importés par les canaux officiels.
Avec AFP
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