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Décès de Vincent FOLY: lire la tribune de Expédit OLOGOU.

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  • VINGT, CENT FOLIES… : C’ÉTAIT LUI, LA NOUVELLE TRIBUNE DE LA LIBERTÉ !

Depuis la nouvelle de la disparition de l’emblématique Directeur de Publication de La Nouvelle Tribune, vendredi dernier, la force me manqua à écrire ces quelques lignes d’hommage… Pourtant, je les dois à l’ami vrai et fidèle depuis 15 ans, au professionnel de la presse intelligent et exigeant, au combattant de la liberté intransigeant.

Il pouvait vous produire vingt ou cent folies, et il ne s’en cachait pas. Mais, elles avaient tout à voir avec un idéal : la liberté et la dignité. Au prix de contradictions renversantes parfois, au prix d’incompréhensions qu’il était toujours prompt à expliquer … Au propre comme au figuré, c’était un Géant : Vincent Foly !

La Fondation Friedrich Ebert met en œuvre un outil d’évaluation de l’état des médias dans un pays africain tous les deux ans : le Baromètre des Médias. L’édition 2021 du Bénin a lieu à Dassa-Zoumé, hôtel Jeco, du 27 au 29 août 2021. La situation de La Nouvelle Tribune représente, pour une bonne part, le sort actuel de la presse béninoise. J’avais donc bâti le panel des douze experts des médias et de la société civile autour de Vincent. Parce que polémiste né, communiste devenu, il fourmille d’idées, d’arguments aussi provocateurs, excessifs, clivants que stimulants. Presque tous, y compris les modérateur et rapporteur, Gabriel Baglo et Sadibou Marong, venus de Dakar, étaient impatients de retrouver Vincent Foly. Nous savions que Vincent à lui tout seul pouvait électriser l’atelier. Pour l’intensité, la hauteur et la profondeur des idées, c’était acquis. Pour l’équilibre des débats en revanche, c’était un défi. Pour faire donc pièce à Vincent, je trouve un autre géant du landerneau médiatique : François Awoudo. Mais il avait le lancement de son livre écrit avec Michel Tchanou et d’autres occupations dans la même période… Vincent avait confirmé sa participation. Pourtant, sa place est restée vide entre Dah David Koffi Aza et Me Brice Houssou… jusqu’à la fin des travaux ce dimanche 29 août 2021. Le téléphone de Vincent sonne, il ne prend pas. Mes messages partent, il ne répond pas. Et surtout, il ne me rappelle pas. Ce n’était point de ses habitudes. Quelques voix parmi les participants à l’atelier faisaient le vœu, non loin de la grotte mariale d’Arigbo, que rien de grave ne lui fût arrivé… Hélas ! Il était déjà écrit quelque part, et nous ne le voyions pas, que, pour Vincent, toutes choses étaient accomplies !

Il était fidèle à lui-même, et à ceux qu’il admirait et aimait. C’était un homme. Brillant, courageux, parfois téméraire, bien souvent râleur. Franc, direct, un peu trop même par moments. Si nous avions un point de divergence, c’était son côté garçon trop imprudent contre tout, malgré l’âge mûr. Ces dernières années, Vincent m’a souvent fait l’honneur d’échanges approfondis sur la situation difficile que traversait La Nouvelle Tribune. A l’issue de discussions interminables, Vincent peut vous donner l’air et l’assurance d’être convaincu de la solution/stratégie dont vous avez convenu pour lever un goulot. Le lendemain, Vincent fait exactement le contraire de ce que vous avez retenu, simplement parce qu’entre temps la part rebelle qui vagit en lui avait repris le dessus. C’était lui, Vincent à la Foly ! Le prototype du garçon « immaîtrisable » qui vous file toujours entre les doigts. Les politiciens qui croyaient avoir eu Vincent dans leur sac après quelque contrat financier s’en sont toujours mordu les doigts. La Nouvelle Tribune n’est pas un chiffon qu’« écrivaillons », fanfarons, larrons et Maître Aliboron peuvent transformer en un machin taillable et corvéable à moins que merci. Vincent répétait à l’envie : « je suis une entreprise de presse qui a besoin de contrat pour vivre, mais La Nouvelle Tribune les intéresse autant parce qu’elle est crédible. Je peux faire de la communication mais l’information critique doit être tout de même à côté ».

Quelque temps avant le grand départ, Vincent Foly m’avait mis dans les confidences des démarches conciliantes alors en cours en vue de la reprise du Journal. Quand toutes choses, ailleurs et en droit, furent faites, nous devisions sur la suite… Vincent insiste : « Mais j’avoue que le plus dur commence maintenant. Tu sais, je ne suis pas [tel autre journal chiffon] hein ». Et d’appuyer : « A mon âge, on peut plier mais on ne rompt pas ». Voilà tout Vincent !

L’autre jour, Léonce Gamaï, patron de Banouto, média béninois en ligne dont on n’est pas peu fier, me parlait de Vincent en tant que son « maître et ancien patron ». Pour Léonce et pour beaucoup de jeunes journalistes, dont le noyau dur de Banouto, Vincent était un Maître et La Nouvelle Tribune, une Ecole. Mais une Ecole dont le Maître était fol admirateur et adoubeur de ses élèves. Un de ces jours, il y a dix ou onze ans, Vincent, au détour d’une discussion, me fit un éloge émerveillé de Ludovic Guédénon. Il m’exprimait son regret de voir partir l’enfant prodige et son impuissance à le retenir : « je lui souhaite bon vent !», se consola Vincent.

Dans la mémoire éternelle du Bénin – n’en déplaise aux doux jaloux, adversaires ou ennemis jubilant du sort de Vincent – il y aura toujours en lettres d’or le moment La Nouvelle Tribune, et une manière Vincent Foly de faire journalisme et démocratie. A coup de vingt ou cent folies, le Grand de Grand-Popo a produit une œuvre, une Institution qui lui aura survécu. En cela, et malgré tout, Vincent est un Géant parmi les Grands. Et rien que pour cela, il peut reposer en paix. Et, moustaches sereines, doigts et surtout le majeur un peu tremblotants, pantalon à hauteur du nombril, costume parfois flottant, rires à belles dents, sans regrets ni remords, dans la joie éternelle, conclure à la manière d’Aragon :

« C’est une chose étrange à la fin que le monde

Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit […]

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches […]

Malgré la méchanceté des gens et les rires […]

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond […]

Malgré l’âge et lorsque soudain le cœur vous flanche […]

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle

Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici

N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle » !

Vincent FOLY

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