Bénin Société

Démission de Oswald Homéky : « Il est toujours dans le système», les clarifications du Père Éric Aguénounon

  • octobre 13, 2023
  • 7 min read
Démission de Oswald Homéky : « Il est toujours dans le système», les clarifications du Père Éric Aguénounon

En politique, les relations personnelles priment sur celles étatiques. En plus, l’ex ministre des Sports a besoin de se protéger à l’ombre du système en place au Bénin au vu des déboires qu’éssurent ses adversaires. Voilà la substance de l’analyse de l’écrivain essayiste et philosophe politique, Père Arnaud Éric Aguénounon sur la démission de Oswald Homéky. C’était au cours d’un entretien accordé à l’hebdomadaire La Croix du Bénin. Crystal News vous présente son analyse en intégralité.

Les démissions ne font pas partie de nos pratiques démocratiques. Au Bénin et en Afrique en général, on n’est pas habitué à la démission. Et culturellement aussi, on n’est pas habitué à quitter les choses. Généralement, ce sont les choses qui nous poussent dehors, ou ce sont les situations qui conduisent à des démissions ou à des départs. En politique, pour le peu que je sais, il y a différentes sortes de démissions. L’acteur politique démissionne à cause des différends idéologiques, des différends méthodologiques, ou des différends et des désaccords au niveau des intérêts personnels, des désaccords au niveau des accords qui ont constitué l’alliance ou la décision de travailler ensemble. On peut aussi démissionner par frustration, par sous-emploi.

Vous êtes par exemple dans un Gouvernement où vous êtes sous-employé, vous n’êtes pas respecté ; vous pouvez démissionner. Par ailleurs, le membre d’un Gouvernement peut déposer sa démission quand il estime à un moment donné que l’équipe dans laquelle il est, perd sa crédibilité et que la trajectoire ne lui convient plus.

Et dans ce cas, on quitte parce qu’on ne veut pas être comptable de cet échec et on va maintenant rejoindre l’opposition, ou on va faire autre chose. Dans cette ligne, beaucoup, dans les pays de vieille démocratie démissionnent pour mieux se positionner peut-être pour les élections municipales, les élections législatives ; ou démissionnent même pour se positionner pour la prochaine élection présidentielle.

Le cas du président français Emmanuel Macron est un exemple. Il a démissionné en quittant de façon insidieuse et très subtile l’appareil pour pouvoir créer son mouvement « En Marche ». Pour finir avec cette nomenclature, je dirai qu’on peut être poussé à la démission. Car le chef n’est plus d’accord avec vous ; le chef n’apprécie pas vos méthodes ; vous avez commis des erreurs graves qui n’arrangent plus ou pas le système puisqu’en politique, il y a les règles de l’art, mais il y a l’art de l’humeur et des sentiments du chef. Et quand ce que vous faites ne répond plus, ou bien vous énervez le chef, on peut vous pousser à la démission.

Si dans ce milieu-là, vous ne respectez plus les codes et les signalements, on peut vous pousser à la démission. Depuis que le président Patrice Talon est venu au pouvoir, on a eu deux démissions. Par exemple, la démission de Candide Azannaï qui est d’un autre ordre. Lui-même a expliqué son départ. Celle d’Oswald Homéky est à sonder avec minutie. Mes analyses, plus haut, permettront aux gens de classifier ou de catégoriser la démission de Homéky. Mais il faut dire que c’est un ministre des Sports jeune qui fait partie de la vieille garde. Je parle de vieille garde en termes de mobilisation autour du candidat Patrice Talon.

Il a travaillé à mobiliser l’électorat soit en France et ailleurs dans le monde pour que le président soit élu. Même s’il a commis certaines erreurs, celles-ci ne peuvent pas effacer tout de suite le lien, le rapport de filiation qu’il a avec le président de la République. Surtout qu’en politique, les rapports personnels priment sur, en réalité, les rapports étatiques et institutionnels. J’estime, pour ma part, qu’au cas où ce serait une situation où le ministre serait obligé de démissionner, cela signifie que c’est un mot d’ordre pour les autres membres du Gouvernement et tous les hauts fonctionnaires du sérail.

En fait, pour leur signifier qu’on n’est pas à la fin du mandat. Actuellement, il y a deux courants : le courant de ceux qui disent non, travaillons avec le chef jusqu’au bout, faisons profil bas ; et ceux qui veulent montrer comment créer un lobbying autour d’une certaine éventuelle candidature. Les uns et les autres devraient être intelligents pour savoir ce que le chef lui-même mijote. Dans tous les cas, la démission de Homéky qui demeure quelqu’un du système ne devrait pas avoir de fortes implications. C’est vrai, il ne fait plus partie du Gouvernement mais je crois qu’il est toujours dans le système. Je ne pense pas que des gens du système à ce haut degré de responsabilité vont vouloir rejoindre l’opposition.

Un éventuel rapprochement avec l’opposition serait suicidaire pour Homéky. Ce serait suicidaire pour lui. Car il a appartenu à un régime pur et dur, un régime qui est allé avec force en privant une partie des Béninois de certaines libertés politiques et civiques qu’on voit en vogue ailleurs ; en prenant les moyens les plus extrêmes pour atteindre plusieurs buts. Et avec beaucoup de procès politiques qu’il y a eus, je pense à Reckya Madougou, Joël Aïvo, qui constituent des situations qui n’ont pas été bien gérées. Des opposants en exil, des étudiants en prison. Dans ce contexte, une gouvernance au cours de laquelle il y a eu maints excès et que quelqu’un démissionne comme ça, il ne va pas rejoindre l’opposition.

Il est toujours dans l’appareil et il restera jusqu’au bout parce qu’il a besoin de protection. Celui qui quitte le régime, il s’expose à des intempéries, et personne ne souhaiterait s’exposer. On peut quitter un poste et être en communion politique avec le régime qui est là. Candide Azannaï est le premier à partir du Gouvernement, mais vous allez voir que dans ses propos, il fait des analyses mais tout en évitant d’égratigner réellement le chef de l’État. J’ai entendu certains faire le lien entre la démission de Homéky et les élections de 2026. Avant d’en dire un mot, je voudrais rappeler que de façon empirique et factuelle, il y a eu des coups d’État au Burkina Faso, au Mali, au Niger et en Guinée ; par contre, ceux-là n’ont pas vécu les mêmes situations que nous : des élections législatives exclusives, une élection présidentielle dont certains candidats, on l’imagine facilement, ont été fabriqués ; ceux qui estiment vouloir être de bons candidats ont eu des empêchements divers et quelques uns en prison.

Quand on prend tout cela en compte, notre tableau est plus sombre que le tableau de tous ces pays qui ont connu des coups d’État. Dieu merci, nous n’en avons pas connu, mais nous sommes aujourd’hui vu comme les mauvais élèves de la démocratie. Et il faut oser le dire, les signaux chez nous sont en train de virer au rouge, si on n’est pas déjà au rouge et c’est Dieu seul qui jusque-là nous préserve du pire.

Le Sénégal n’a pas connu des élections exclusives. Le Bénin en a connu ; en Côte-d’Ivoire, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont rentrés ; donc il y a eu des avancées dans ce pays-là. Mais au Bénin, qu’est ce qui nous empêche de faire rentrer ceux qui sont en exil ? Est-ce qu’une meilleure gouvernance conduit à confisquer toutes les libertés politiques, civiles ? Est-ce qu’une meilleure gouvernance conduit à mettre en rade certaines personnes, à les exclure du développement ?

Donc aujourd’hui, nous sommes à une époque de décrispation. Il faut vraiment décrisper l’atmosphère politique.

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Samuel HOUNDJO

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