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Faillite de la démocratie et des contre-pouvoirs: le regard de Nadia Nata

  • mars 3, 2024
  • 7 min read
Faillite de la démocratie et des contre-pouvoirs: le regard de Nadia Nata

Le parlement et le système judiciaire sont les principaux contre-pouvoirs dans une démocratie. Nadia Nata note qu’en Afrique, les dirigeants en grande majorité, ne respectent ni les règles ni les principes d’une démocratie. Selon la consultante en gouvernance et sécurité, le véritable échec de la démocratie est l’absence de véritables leaders. Lisez plutôt l’analyse de Nadia Nata sur la démocratie, les contre-pouvoirs et le leadership politique.

Faillite de la démocratie et des contre-pouvoirs ou faillite du leadership politique ?

La démocratie, est un système politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple, qui l’exerce directement ou par l’intermédiaire de représentants élus. Cela suppose la participation des citoyens aux décisions politiques, des élections libres et équitables, ainsi que le respect des droits et des libertés fondamentaux. Ainsi, tout régime incapable d’organiser des élections libres et transparentes et de respecter la volonté des citoyens exprimée dans les urnes, ne peut pleinement être qualifié de « démocratique ». La démocratie peut prendre plusieurs formes, dont la République. La « Res Publica » est la chose publique et s’oppose par conséquent aux intérêts privés. Ainsi, tout régime gouvernant dans le sens de servir ou de renforcer l’intérêt particulier d’une classe de privilégiés plutôt que l’intérêt commun est antirépublicain. La qualité et l’intégrité du leadership politique comptent beaucoup dans une République et dans une démocratie. Les fonctions publiques ne devraient pas être considérées comme des passerelles pour régler des problèmes de pauvreté personnelle et les besoins d’enrichissement. Ainsi, au-delà du gouvernement, les contre-pouvoirs jouent un rôle essentiel pour assurer une bonne démocratie. Il s’agit de « mécanismes essentiels qui visent à limiter et équilibrer le pouvoir exercé par le gouvernement. Les principaux contrepouvoirs dans une démocratie sont le parlement et le système judiciaire. Ils contribuent à maintenir l’équilibre des pouvoirs au sein d’un système démocratique car seul un « pouvoir » peut en arrêter un autre. L’Hyper-présidentialisme ne devrait pas constituer la norme. Ainsi, lorsque ces derniers sont inféodés et prêtent allégeance au « prince du moment » qui dirige le pays, l’on ne peut parler d’une démocratie qui fonctionne. Car les mécanismes intrinsèques à la démocratie pour prévenir ou empêcher une concentration excessive du pouvoir et des abus potentiels sont inefficaces. C’est également le cas quand des propositions ou projets de lois sont contre-productifs et fragilisent l’ordre constitutionnel. Leur vote ou rejet est déterminant sur l’efficacité ou non des contrepouvoirs. Quand un Parlement joue pleinement son rôle de contre-pouvoir en votant par exemple contre une réforme Constitutionnelle peu consolidante pour la démocratie c’est cette dernière qui en sort victorieuse et renforcée. La justice est la pierre angulaire de la démocratie et de la République car que ce soit au niveau politique, social ou économique, tout tort mérite justice et réparation. Son instrumentalisation est problématique pour toute démocratie. Hormis les aspects institutionnels de la gouvernance, un gouvernement ayant à cœur le bien-être de ses citoyens devrait œuvrer pour son essor économique sur fond de justice sociale.

Le développement qualitatif devrait surpasser le simple PIB brut. Le PIB par habitant, un système de santé et d’éducation solide, des infrastructures fiables, un accès généralisé à l’eau potable et à l’assainissement, des institutions stables et une productivité élevée sont autant d’éléments qui comptent. La corruption notamment politique, la mauvaise gouvernance ou une gestion exclusive voire clanique et répressive du pouvoir révèlent une faillite du leadership politique, et non un défaut de la démocratie. Cela pose entre autres le problème de la légitimité et de l’intégrité des gouvernants. Peuton parler de légitimité quand la volonté du peuple n’a pas été respectée dans les urnes à coups de fraude électorale ? Peut-on parler de légitimité quand le taux de participation à l’élection est dérisoire face à une apathie grandissante de l’électorat ? En effet, « la participation électorale est un moyen pour les citoyens de manifester leur consentement aux gouvernants et de contribuer à la légitimation du pouvoir politique. C’est une forme de baromètre de soutien ». Peut-on parler de légitimité lorsque les règles et lois de la République sont violées ou détournées au gré du “prince” ? Peut-on parler de légitimité lorsque le “prince” et les siens se servent au détriment de la grande majorité, ni sourde, ni aveugle, est contrainte au silence par des lois répressives ? Si des dirigeants n’arrivent pas à intégrer le concept de « développement équilibré, sur fond de justice sociale » en améliorant les conditions de vie, la stabilité et la sécurité des gouvernés qui les ont mandatés, doit-on parler d’échec de la démocratie ou plutôt de celui du leadership politique ? Le véritable mal n’est-il pas l’absence cruelle de leaders politiques ? La majorité des dirigeants africains applique-t-elle seulement la démocratie ? Ils n’en respectent ni les règles ni les principes. Les lois, les institutions, les citoyens sont instrumentalisés pour servir le « prince ». Il est donc injuste et inapproprié de parler d’échec de la démocratie. La solution n’est donc pas le coup d’État militaire face à celui constitutionnel, la solution est l’absence de coups (constitutionnel comme militaire) et le strict respect de la démocratie et de ses principes. Des pays comme les Seychelles, l’île Maurice, le Cap Vert montrent que c’est bel et bien possible en Afrique. Le Sénégal met en évidence le rôle de chaque institution, groupe organisé et citoyen dans la sauvegarde des acquis démocratiques lorsque “le prince” les met en danger, à travers la prolongation du mandat et la remise en cause du droit de vote selon la constitution.

Ces tentatives de violer les règles du jeu ne sont pas propres à l’Afrique mais ailleurs comme ce fut le cas lors de l’attaque du Capitol aux USA, les institutions et les contre-pouvoirs sont à même de servir de rempart et de sauver le soldat « démocratie ». Car s’en référer et se livrer aux Forces de défense et de sécurité, c’est prendre le risque de se retrouver pris en otage par des « personnes censées servir la république et qui détiennent l’usage légitime de la force mais qui peuvent en abuser en toute impunité. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des personnes devant servir le pays au front de par leur formation et leur allégeance contre toute menace extérieure mais qui se retrouvent dans les palais à gouverner tout en envoyant des civils non aguerris par mesure de répression et de rétorsion. Le prétexte ? L’échec de la démocratie. Toutefois, le véritable échec est l’absence de véritables leaders. La démocratie est un processus en construction qui mérite d’être consolidé à travers des institutions fortes non pas au service d’Hommes forts mais plutôt des citoyens.

Nadia Nata, consultante en gouvernance et sécurité.

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Samuel HOUNDJO

1 Commentaire

  • Merci beaucoup Madame Nata pour ce regard combien pertinent à bien des égards et pour votre courage. Il me plait juste de m’attarder à votre suite sur la problématique du faible taux de participation qui ne semble plus gêner personne. C’est dommage. Le déclin de l’engouement des populations aux élections, devrait plutôt être une grande alerte pour les politiques et toutes les institutions de la République. La preuve qu’il y a un gros problème et que les gens doivent s’asseoir pour se parler. Ça ne devrait plus continuer ainsi.

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