Image default

France: cinq ans après, la loi prostitution n’a pas fait ses preuves

Ecouter l'article

Cinq ans après son adoption, la loi prostitution qui pénalise les clients divise toujours autant en France. Pour ses détracteurs, elle a accru la précarité des travailleuses du sexe alors que ses partisans saluent “un formidable outil” mais déplorent le manque de moyens.

Le bilan est mitigé: seulement 161 prostituées sont sorties de la prostitution grâce à ce dispositif.

Cette loi du 13 avril 2016 a marqué un “changement culturel” sur la prostitution: si elle abroge le délit de racolage, elle permet de verbaliser les clients. 

La prostituée est “désormais une victime en toutes circonstances de son éventuel proxénète mais aussi du client”, a résumé Elvire Arrighi, cheffe de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH), lors d’une table ronde au Sénat sur le bilan de la loi. 

Entre 2016 et 2019, 1.300 clients ont été verbalisés par an en moyenne, principalement dans la région parisienne. L’amende de 1.500 euros peut aller jusqu’à 3.750 euros en cas de récidive. Quelques centaines de clients ont participé à des stages de sensibilisation.  

La loi donne aussi accès aux prostituées à un “parcours de sortie”, de deux ans. En s’engageant à arrêter la prostitution, elles bénéficient d’un titre de séjour temporaire, d’un accès à des formations et d’une aide financière, l’Afis, d’un montant de 330 euros pour une personne seule, un niveau jugé trop faible par les associations. 

Le bilan est plus que modeste. Au total, 564 personnes sont entrées dans ces parcours, alors que l’objectif était de 1.000 parcours pour la seule année 2017. Et parmi elles, 161 ont terminé le parcours.

Il y a, selon les estimations officielles, 30 à 40.000 personnes prostituées en France.

“A-t-on vraiment donné les moyens à cette loi d’être appliquée?”, questionne la sociologue Hélène Pohu. “Sa mise en oeuvre est de plus en plus importante mais c’est encore faible car il n’y a pas assez de moyens”, dénonce-t-elle. 

– Augmentation des violences –

Une fois qu’elles arrêtent leur activité, les personnes prostituées sont face à des difficultés financières et d’hébergement, a expliqué lors de la table ronde au Sénat, Pierre Loulergue, de l’Inspection générale des affaires sociales. “Ce sont des personnes démunies, tentées de reprendre l’activité et qui peuvent se refaire capter par les réseaux”.  

Pour le Mouvement du Nid, engagé dans la lutte contre la prostitution, la loi représente “un formidable outil” mais le nombre de parcours de sortie est “vraiment trop faible”. 

“Mon conseil à celles qui s’engagent (dans ce parcours): tenez le coup. Ce n’est pas facile”, explique Hope, une Congolaise de 25 ans, qui aujourd’hui prépare des repas pour les personnes âgées. Elle en a parlé à des amies prostituées, mais ça ne les intéresse pas. “Certaines gagnent bien leur vie. Chacun fait son choix”.

Les associations qui étaient déjà opposées à la loi en 2016 en dressent un bilan très noir. “Elle a eu un effet délétère sur les travailleuses du sexe. Elle a engendré une augmentation des violences, une dégradation de leur état de santé”, alerte Salomé Linglet, coordinatrice du programme Jasmine (contre les violences aux prostituées) à Médecins du Monde. 

“Elles ont constaté une raréfaction de la clientèle et donc une diminution de leurs ressources. La loi a entraîné pour elles une précarisation accrue”, encore aggravée par les confinements, poursuit-elle.

Pour June Charlot de l’association Grisélidis à Toulouse, cette loi est “catastrophique”. “Les clients sont moins nombreux, donc le rapport de force est en leur faveur. Ils négocient les pratiques, les tarifs. Il faut bien manger donc malheureusement, certaines acceptent des rapports sans protection”. 

“Pour attirer les clients, les travailleuses du sexe doivent se cacher de la police et donc des riverains. Elles doivent alors plus s’éloigner du centre ville et s’exposer à davantage de violences, d’isolement”, ajoute-t-elle. 

Articles Similaires

Laisser un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.