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« Mon premier Conseil des ministres, un moment à la fois pathétique et solennelle », Valentin Agossou DJENONTIN

  • mai 6, 2022
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« Mon premier Conseil des ministres, un moment à la fois pathétique et solennelle »,  Valentin Agossou DJENONTIN
  • Ancien Ministre du gouvernement du Président Boni Yayi, Valentin Agossou DJENONTIN choisit de briser le mythe en racontant tout ou presque tout sur son passage dans l’équipe gouvernementale et en politique plus généralement. Partant des anecdotes inouïes, le désormais exilé politique fait voir la seconde face des collines longuement considérées comme un mythe. Comment s’est passé son premier Conseil des ministres ? Il nous renseigne à travers cette troisième publication d’une série sur sa page Facebook. Voici l’intégralité de ce qu’il a écrit.

MA PROPHÉTIE

Épisode 3 : 05 Mai 2022

MON PREMIER CONSEIL DES MINISTRES

Par Décret 2011-450 du 28 Mai 2011 portant composition du Gouvernement, le Président Boni YAYI nomma les Ministres du premier Gouvernement de son second quinquennat (2011-2016).

La nouvelle équipe composée de 26 membres dont 8 femmes a pour innovation la création du poste de Premier Ministre attribué à Monsieur Pascal Irenée KOUPAKI. Il est chargé de la Coordination de l’Action Gouvernementale, de l’Évaluation des Politiques Publiques, du Programme de Dénationalisation et du Dialogue Social.

Presqu’entièrement renouvelée, la nouvelle équipe gouvernementale ne compte en son sein que 5 anciens Ministres dont 3 ont été maintenus à leurs postes.

Le seul Ministère d’État qui a eu la charge de la Défense Nationale est dirigé par Monsieur Issifou KOGUI N’DOURO, qui avec le Ministre KOUPAKI, détiennent le record de longévité aux côtés du Président YAYI depuis 2006.

C’est cette nouvelle équipe de 26 membres qui a été convoquée pour siéger le mercredi 08 Juin 2011 autour de la table de ce premier Conseil des Ministres de YAYI II au Palais de la Présidence de la République.

Nouveau Ministre de la Culture, de l’Alphabétisation, de l’Artisanat et du Tourisme, je me suis rendu tôt à l’ex Ministère de l’Artisanat et du Tourisme, non loin de l’Aéroport Bernardin GANTIN aux fins de m’apprêter pour le Palais de la Présidence de la République où se tiendra à 10 heures la première rencontre des Ministres.

Je rappelle que le nouveau Ministère de la Culture, de l’Alphabétisation, de l’Artisanat et du Tourisme résulte de la fusion de deux anciens Ministères : celui de la Culture, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales et celui de l’Artisanat et du Tourisme.

C’est donc ce gros Département ministériel que je suis désormais appelé à diriger.
Les Secrétaires Généraux des deux Ministères via les Secrétaires Particulières m’ont convoyé une vingtaine de cartables bourrés de chemises dossiers contenant des communications avec les avis émis par les conseils de cabinet de chacun des deux ex Ministères.

Drapé d’un boubou blanc, embarqué à bord du véhicule administratif conduit par l’un des conducteurs du Ministère de l’Artisanat et du Tourisme qui s’est volontairement mis à ma disposition à la prise de service, j’ai franchi à 9H 15 minutes le portail de la Présidence de la République après deux contrôles de la garde présidentielle : un premier contrôle juste au début du premier portail non loin du Centre Culturel Français et le second au filtrage de la Présidence. Mon garde du corps à bord du véhicule, assis devant aux côtés du chauffeur déclinait chaque fois mon identité.

Le véhicule s’immobilisa dans la cour intérieure du grand bâtiment de la Présidence.
Un impressionnant dispositif de presse (publique et privée) était visible dans la cour en face de l’entrée principale du bâtiment.

Descendu à peine de mon véhicule, je fus soumis aux questions multiples des journalistes. L’essentiel des questions était de recueillir mes sentiments après ma nomination, mes sentiments avec ce baptême de feu, ma vision et mes attentes.

Après avoir répondu aux questions des journalistes, un fonctionnaire du Protocole d’Etat s’est mis devant moi pour me conduire dans la salle du Conseil des Ministres.
Dans cette spacieuse salle, autour d’une impressionnante table ovale sont disposés les fauteuils des Ministres.

Devant chaque fauteuil, se trouve posée sur la table une affichette (panneau) portant l’inscription du nom, prénom, dénomination du Ministère de l’occupant du siège.

La place que doit occuper le Ministre de la Culture, de l’Alphabétisation, de l’Artisanat et du Tourisme que je suis est juste située légèrement à gauche à l’entrée de la salle. Après avoir salué ceux qui y étaient avant mon arrivée, je suis venu prendre place. J’observais tout dans les moindres détails autour de moi.

Chaque Ministre est tenu de prendre siège à la place qui lui est réservée.

Par la suite, j’ai compris que la disposition des fauteuils dans cet ordre autour de la table n’est pas le fruit du hasard. Cela répond à un ordre protocolaire de préséance.

Mes observations les plus significatives dans la salle du conseil des Ministres.

Au fond de la salle, se trouve le siège du Président de la République.

En face de lui, du côté opposé du second bout de la table ovale se trouvent les fauteuils du Secrétaire Général du Gouvernement (SGG), M. Edouard OUIN OURO et de son Adjoint, M. Eugène DOSSOUMOU.

Légèrement en retrait, à la droite des SGG, se trouvent les sièges de la Directrice du Cabinet Civil du Chef de l’Etat, Madame Véronique BRUN HATCHEME et de son Adjoint, Monsieur Pascal GANDAHO.

Du côté gauche des sièges des SGG, se trouvent les sièges du Secrétaire Général de la Présidence de la République, Monsieur Emmanuel TIANDO et de son Adjointe, Madame Inès ABOH HOUESSOU.

A la droite du Président de la République, se trouve le Premier Ministre KOUPAKI, suivi du Ministre Benoît DEGLA, chargé de l’Intérieur et de la Sécurité Publique.

A la gauche du Président de la République, se trouve le Ministre d’Etat chargé de la Défense Nationale, Monsieur Issifou KOGUI N’DOURO, suivi du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, de la Législation et des Droits de l’Homme, Porte-Parole du Gouvernement, Madame Akuavi Marie-Elise GBEDO.

Ce qu’il convient de faire remarquer dans cette disposition des Ministres autour de la table du Conseil des Ministres et du Président de la République est que, moins le siège d’un Ministre est éloigné du fauteuil du Président de la République, plus il occupe un rang élevé dans le Gouvernement. Plus le siège du Ministre est loin du fauteuil du Président de la République, moins son rang est élevé dans le Gouvernement.

D’un bout à l’autre, la presse entra dans la salle du Conseil pour filmer les Ministres positionnés à leurs places.

Quelques minutes après, la porte du côté droit du fauteuil du Président de la République s’ouvrit. On aperçoit un homme de teint clair, barbes et moustaches bien taillées, dans une démarche élégante faire son entrée en salle. Il s’agit de l’Ambassadeur Jean-Pierre EDON, le Protocole du Chef de l’Etat. D’une voix forte il dit : « Monsieur le Président de la République » pour annoncer l’arrivée du Chef de l’Etat.
Toute l’assistance se leva et le Président de la République fit son entrée en salle accompagné de son Aide de Camp, Monsieur Abdoulaye MORO et de quatre autres membres de la garde rapprochée, qui tous sont sortis aussitôt après la prise de siège par le Chef de l’Etat qui, d’un geste de tête et des mains a invité les membres du Gouvernement à s’asseoir.

Après les salutations et présentation d’usage, le Président de la République a félicité les Ministres pour leur nomination dans le Gouvernement.

Il a longuement prodigué de sages conseils à ses collaborateurs que nous sommes désormais. Il a particulièrement mis l’accent sur la solidarité gouvernementale, l’esprit d’équipe, le respect des symboles de la République, le sacrifice de soi.

La parole fut ensuite donnée au Secrétaire Général du Gouvernement pour donner lecture de la Charte du Gouvernement qui nous avait été entre temps distribuée.

Le document a fait l’objet de lecture commentée par le Chef de l’État et le Premier Ministre.
A la fin de cet exercice, il nous avait été demandé d’apposer nos signatures au bas de la charte si nous y adhérons.

NB : A la fin de la dernière page, il est mentionné ce qui suit « chaque Ministre doit se rendre disponible 24H/24H »
Au Président YAYI de commenter : « votre téléphone doit être posé sur votre poitrine et répondre comme les battements de votre cœur ». Rires… L’assistance éclata de rire.
Le Secrétaire Général du Gouvernement distribua à nouveau une nouvelle fiche. Celle-ci est un état signalétique. Un certain nombre d’informations sont demandées aux Ministres. Ils doivent surtout veiller à l’orthographe correcte de leur nom et prénom(s).

Au nombre des pièces à fournir, il y a entre autres le Relevé d’Identité Bancaire (RIB).
Dans un prochain épisode, j’aborderai le salaire que gagnent les ministres sous le régime du Président YAYI dans les gouvernements auxquels j’ai pris part.

Une suspension du conseil pour quelques minutes est annoncée. Les Ministres ont été invités à sortir dans la Cour pour la photo de famille sur l’esplanade de la Présidence de la République.
Le Chef du Protocole d’État était là pour indiquer à chaque Ministre la place qu’il doit occuper autour du Chef de l’État suivant son rang.

Après la photo de famille, nous sommes retournés en salle du conseil pour véritablement démarrer la session hebdomadaire du Conseil des Ministres.

Dans la pratique, le Conseil des Ministres se déroule suivant un ordre du jour précis numéroté appelé O.J.

Une fiche soigneusement préparée par le SGG comporte l’OJ et la liste des dossiers à étudier.
Sur instructions du Président de la République, le SGG appelle les dossiers dans l’ordre.

Chaque fois qu’un dossier est appelé, le Chef de l’Etat ouvre le débat pour recueillir l’avis de chaque Ministre. Il convient de signaler que ces dossiers avaient été minutieusement étudiés par le cabinet de chaque Ministère. Les conclusions et avis du Ministère sont consignés sur une fiche que le Ministre détient par devers lui et qu’il lit. Il arrive souvent que, compte tenu de l’évolution des débats, le Ministre, suivant la connaissance qu’il a du dossier, donne des explications qui ne sont pas forcément sur la fiche qui lui avait été préparée par son cabinet.

A la fin de chaque débat, le Président de la République ou le Premier Ministre fait la synthèse et dicte au SGG qui la consigne la décision prise par le Conseil des Ministres. Le SGG et son Adjoint prennent note de tout le débat et de la conclusion.

Après le premier tour de table, j’ai détecté et noté qu’après le Chef de l’Etat, Docteur Boni YAYI, le « Pape » du Conseil des Ministres a pour nom Irenée Pascal KOUPAKI. Il est l’homme fort du régime respecté et honoré de tout le Gouvernement ainsi que des membres du cabinet du Président.

Les « cardinaux » du Conseil sont les Ministres Issifou KOGUI N’DOURO et Marcel Alain de SOUZA.

Chemin faisant, j’ai découvert plus tard les Evêques, les Vicaires Généraux, les Curés de paroisse et les vicaires.

Ce fut tout un monde, un autre monde.

Le Secrétaire Général du Gouvernement est la mémoire du Conseil des Ministres. Il est la cheville ouvrière de l’organisation matérielle et intellectuelle du Conseil. Il prend note avec son Adjoint de tous les débats du conseil dont il fait la synthèse qui est lu à la presse comme communiqué du Conseil des Ministres.
Le Conseil terminé, les membres du Gouvernement (Ministres, Secrétaires Généraux, Directeurs du Cabinet civil du Président) sont invités au réfectoire pour ceux qui le désirent.

Voilà en grands traits le déroulement de ma première participation au Conseil des Ministres.
Ce fut un moment pathétique et solennel.

Soyez toujours nombreux les prochaines fois.

« De la poussière il retire le pauvre, du fumier il relève l’indigent, pour les faire asseoir avec les grands, avec les grands de son peuple » Psaumes 1133 : 7-8

DJENONTIN-AGOSSOU Valentin

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