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Situation socio politique béninoise: Louis Tovalou passe le Bénin au scanner.

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Depuis quelques mois, le Bénin n’est plus ce label de démocratie dont son peuple est resté longuement fier. Il se passe que dans ce pays, les choses deviennent de plus en plus difficile surtout sur le plan politique. Cette situation devenant insupportable a fait sortir de son gong Louis Tovalou, qui dans un message adressé à la nation fustige la déchéance morale constatée dans la masse populaire. Lire sa déclaration.

ET SI ON PASSAIT LE BENIN AU SCANNER ?
Le Bénin est rattrapé par plusieurs années de tricheries, de complaisance et de compromissions dans la gestion du pays, années pendant lesquelles nous nous sommes menti en nous enivrant de qualificatifs au superlatif mélioratif. On se flattait d’avoir une démocratie, des institutions stables et des citoyens combattants de la liberté qui auraient un fort attachement aux principes gravés dans la constitution du 11 décembre 1990.Tout ça n’était qu’un mirage dont nous nous gargarisions.
La vérité est qu’il n’est pas possible qu’il y ait un tel enracinement démocratique et un attachement si solide aux valeurs et à la liberté dans un pays d’une si grande déchéance morale fait de compromissions, où l’école n’a formé que des générations de jeunes secs moralement et où les aînés ayant eu une formation militante et idéologique n’ont jamais été pour la plupart des exemples qui puissent impacter positivement la société. De ce fait le pays a été animé et l’est toujours par des femmes et d’hommes majoritairement hypocrites, ondoyants à l’infini et qui n’ont véritablement pas de dévotion pour la patrie.
La situation de stabilité, de fonctionnement apparent des institutions notamment de contre-pouvoir, de supposé enracinement dans les valeurs et principes démocratiques tenait au sens de responsabilité de certains acteurs du moment. Malgré les reproches qu’on peut leur faire, ils savaient se donner des limites à ne pas franchir. Ils savaient également avoir malheureusement recours à l’argent, aux promesses politiques pour maîtriser des agitateurs qui faisaient du chantage et une bonne partie du peuple. L’idolâtrie de l’argent et des intérêts personnels reste un moteur de l’action politique dans ce pays où des mercatos politiques ont occupé et occupent l’actualité nationale. L’équilibre précaire du fait de l’action de quelques acteurs politiques pendant longtemps nous a évité les grands dérapages qui aurait pu basculer ce pays depuis des années dans une zone de turbulences.
L’argent et les intérêts peuvent mobiliser la majorité des béninois dans n’importe quel sens. Les citoyens dans leur grande majorité n’ont pas été éduqués à la maison et formés à l’école pour veiller constamment en sentinelles et nous mettre à l’abri de la résurgence des mauvaises expériences politiques antérieurement faites par le pays et qui n’ont même pas été enseignées aux jeunes générations qui ignorent tout.Or c’est par la prise de conscience qui naît de la connaissance et de l’immersion mémorielle que peut s’opérer la conjuration des malheurs et vieux démons qui désarticulent, embrasent et emportent les pays.
Sans formation idéologique solide et sans être pétri des principes et valeurs, on ne peut combattre, on ne peut faire un combat durable pour défendre son pays contre les ennemis intérieurs et extérieurs. Notre problème est fondamentalement là. Le problème n’est fondamentalement pas Talon. Que peut faire une seule personne même armée jusqu’aux dents en face d’un peuple intègre, conscient, mobilisé et déterminé ? Rien. Ce dernier n’a fait qu’exploiter toutes les tares et faiblesses de notre pays qu’il connaît bien pour avoir dans l’ombre éprouvé le degré d’affaissement moral et de sécheresse des principes défendus sans conviction par des marcheurs et manifestants manipulés ou poursuivant des intérêts purement personnels. Lui vers qui se ruaient politiciens, syndicalistes et citoyens des années durant aussi bien pendant son exil français qu’avant cet épisode. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le silence complice des acteurs de la société civile qui braillaient hier face à la moindre égratignure et qui trouvent aujourd’hui que tout va bien malgré les plaies, arrestations et morts qui devraient interpeller nos consciences. De même la quasi-totalité des médias classiques du privé et la totalité de ceux du public se sont rangés du côté de l’horreur qu’ils ne condamnent guère alors qu’on était habitué à leurs diatribes au quotidien pour des actes moins graves. Certains parmi eux ont poussé la corruption morale et le cynisme à un tel sommet qu’ils n’informent même pas. Et font en plus des commentaires tendancieux pour conditionner la majorité du peuple qui ne se fait une opinion qu’à partir de l’activité des professionnels de la presse. Les syndicats et les acteurs de la justice sont devenus muets et d’un mutisme complice. Eux qui qui grognaient et marchaient pour défendre, disaient-ils, des principes violés et la démocratie et l’Etat de droit en péril. Aujourd’hui il n’y a pas moins de grains à moudre pour tous ces marcheurs, défenseurs et activistes d’hier qu’on ne voit plus et qui se sont reconvertis. Certains parmi eux sont même devenus des défenseurs de ce qu’ils combattaient jusqu’en 2016. Bien sûr, certains expliqueront tout ça par la restriction légale et en pratique des libertés syndicales et des libertés en général. S’il est vrai que cette restriction puisse endiguer ou briser leur ardeur d’antan en attendant un nouvel équilibre que je suppose qu’ils recherchent, elle ne peut ni expliquer ni justifier l’inaction tout le temps et un soutien ouvert de certains d’entre eux à l’horreur et la terreur. Car quand on est vraiment pétri des valeurs qu’on défendait et qu’on n’a pas encore les moyens de protester ouvertement, on se mure par sagesse et prudence dans un silence rageur. On refuse d’agir pour ravaler ses vomissures ou pour se renier. Agir autrement juge et révèle qui on était en réalité.
En vérité le béninois se découvre, découvre ses compatriotes et son pays sous leur vrai visage.
Les masques des personnages sont tombés, continuent de tomber et l’on voit maintenant les personnes dans leur réalité et laideur. Celles et ceux qui ont gardé leur intégrité morale sont infimes et silencieux, si infimes qu’ils sont invisibles. C’est cela notre pays. Nous le connaissons maintenant. Il nous faut au moment venu, car la tempête passera, tout démolir pour construire à nouveau. Car l’expérience vient de nous enseigner à son école que nous trichions depuis longtemps et transigions avec les valeurs et principes. Il nous faut maintenant la patience et l’humilité pour apprendre d’elle. Il nous faut en son temps poser les vrais diagnostics pour une vraie thérapie, nous qui avons l’habitude de tricher et de ne pas traiter sérieusement les vrais problèmes. Je l’ai toujours dit et écrit depuis quelques années. Nous devons poser les vrais diagnostics, sans passion, sans rancœur, sans esprit de vengeance et sans parti pris. C’est le seul chemin pour notre salut. Procéder autrement serait signé l’arrêt de radiation du Bénin des cartes.

Fait, le 17 avril 2021

TOVALOU H. Louis

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