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Soixante ans après les indépendances, l’Afrique a besoin d’un nouveau sursaut

Il y a plus d’un demi-siècle, 37 colonies africaines accédaient à l’indépendance. Ce processus de décolonisation s’est caractérisé par la vigueur des espérances et des ambitions que portaient ces indépendances quant à l’avenir du continent africain. Plus d’un demi-siècle après, où en sommes-nous ? L’Afrique a-t-elle progressé ou régressé?

La réponse est décevante. S’étant arrachée au colonialisme en ordre dispersé, l’Afrique demeure fragile et fragmentée. Selon l’ONU, l’Afrique compte à ce jour le nombre le plus élevé des « pays les moins avancés du monde », soit 33 sur 47. Autre chiffre alarmant, à la fin des années 1960, le PIB par habitant se chiffrait à environ 1055 dollars. Soixante ans après, il est seulement à 1663 dollars, c’est-à-dire qu’il n’a même pas été multiplié par deux. Les espoirs de voir l’ensemble des pays africains accéder au rang de pays émergents ont été repoussés de 2030 à 2060. En République Démocratique du Congo, le PIB par habitant a même reculé, passant de 1138 dollars à 430 dollars entre 1960 et 2019.

Les comparaisons avec l’Asie du Sud sont particulièrement cruelles. Exemple avec la Corée du Sud qui faisait partie des pays les moins avancés (PMA) dans les années 1960 et qui aujourd’hui, au même titre que les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et la France -affiche un PIB par habitant supérieur à 30 000 dollars.

L’Afrique doit se ressaisir. Car si nous échouons à relever les défis démographiques, économiques et politiques, alors nous régresserons. Le continent a véritablement besoin d’un nouveau sursaut soixante ans après les indépendances, en se dotant de la même énergie et de la même détermination que les pères fondateurs dans les années 1960.

Pour ce faire, nous devons passer une nouvelle étape, franchir encore un nouveau seuil. Il faut inventer une nouvelle philosophie, des nouvelles modalités d’action, comme ce que nous avons su faire ensemble il y a soixante ans. L’Afrique a besoin d’un plan « Leadership et Gouvernance » pour d’abord poser les fondations du progrès et de la prospérité qui lui manquent cruellement. Pour résumer, le développement est avant tout une question de méthode, de leadership et de gouvernance. Les chantiers prioritaires sont au nombre de trois. L’élaboration d’une nouvelle gouvernance doit passer par l’édification d’un État stratège et protecteur, l’amélioration des conditions d’obtention et d’exercice du pouvoir et enfin et l’évaluation des politiques publiques.

Le premier pilier, c’est celui de l’édification d’un État stratège qui soit en mesure de prendre des décisions d’envergure, des décisions claires, et de les faire appliquer et respecter. La réforme que j’ai portée sur la généralisation de la bancarisation de la paie des fonctionnaires en RDC est un exemple parmi d’autres des efforts constants que les dirigeants doivent entreprendre pour consolider la bonne gouvernance. Des Etats développeurs et facilitateurs donc. La responsabilité d’un État stratège, c’est aussi de garantir la protection de ses populations et de préserver les équilibres sociaux. En ce sens, les investissements dans l’éducation, la jeunesse et les systèmes de santé sont prioritaires. C’est en suivant ces priorités que mon gouvernement a pu engager d’ambitieux programmes sociaux entre 2012 et 2016 et qui avaient permis de classer la RDC en 5e position des pays dont le PIB par habitant avait le plus progressé depuis 2010.

Le deuxième pilier de ce plan « Leadership et Gouvernance », c’est celui des conditions d’obtention et d’exercice du pouvoir. L’Afrique ne peut plus souffrir du manque de transparence dans ses élections et de la contestation, parfois violente, qui en résulte. Le coup d’État au Mali n’est que le dernier exemple en date. La priorité doit être donnée à l’organisation d’élections libres, sincères et transparentes. Dans la droite ligne du plan pour une nouvelle gouvernance que j’appelle de mes vœux, la pacification des élections et la lutte contre la corruption doivent être les moteurs d’un processus irréversible devant accompagner la trajectoire du continent. Il s’agit là d’un signal fort, c’est une question d’urgence démocratique. C’est ici l’occasion d’en appeler au concours vigilant des citoyens, de la presse, de la justice et de toutes les structures de régulation. L’intégration des valeurs d’éthique, l’adhésion aux principes d’intégrité, de bonne gouvernance et de transparence constituent une condition sine qua none pour un développement durable de nos nations.

La dernière priorité porte sur l’élaboration et l’évaluation des politiques publiques. L’image de politiques publiques uniformément imposées par les institutions internationales à des Etats africains extravertis et aux faibles capacités institutionnelles ne peut plus durer. Les leaders africains doivent avoir le courage de porter des projets qui leur sont propres et qui répondent aux attentes et aux besoins de leurs citoyens. C’est la seule façon de renouveler le lien de confiance entre les populations et les Etats.
Puisque les services publics tiennent une place centrale dans les sociétés africaines, il est du devoir de leurs dirigeants d’améliorer l’efficacité et l’effectivité des politiques publiques, pour rendre l’action publique plus efficace. L’enjeu est double : il s’agit de redonner du pouvoir et de la capacité d’agir à ceux qui font sur le terrain, mais aussi de répondre au devoir de redevabilité que les dirigeants ont envers leurs concitoyens.

Ce plan « Leadership et Gouvernance » que j’appelle de mes vœux doit être le début d’un choix partagé, le premier pas vers ce nouveau chemin dont l’Afrique a besoin soixante ans après les indépendances. Il nous appartient de formaliser ce plan et de le mettre en œuvre en suivant les trois chantiers que j’ai esquissés. Nous avons tout pour y parvenir. Une histoire, des liens, des combats communs avec tout ce qu’ils emportent. Un élan fou pour faire et surtout une ambition pour agir.

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